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Si vous n’êtes pas allé au cinéma cet été, précipitez-vous !

Quatre films à voir parce qu’ils apportent chacun une jubilation saine et tonifiante, parce qu’ils proposent un regard fort et sensible sur le monde d’aujourd’hui.

Délice Paloma est d’abord un vrai film de cinéma. La photographie et la mise en scène y sont splendides et nous emportent immédiatement dans l’univers que l’auteur veut explorer avec toute sa maestria. Les comédiennes sont renversantes de justesse et de beauté. Certains critiques ont rapproché le film de La Dolce Vita de Federico Fellini, d’autres y ont vu un parallèle avec les films de Pedro Almodovar. Selon moi, ce ne sont pas des flatteries, Nadir Moknèche est un grand cinéaste, d’abord parce qu’il est courageux. Il nous fait visiter l’Algérie sans retenue à travers des portraits de « petites gens », figures de l’espoir dans le dénuement, de la vie dans le chaos. Rêver de changer de vie dans une société bouleversée par une guerre civile de dix ans a un prix, le prix fort et Mme Aldjéria, « bienfaitrice nationale » interprétée par Biyouna (l’égérie du cinéaste) perdra tous ceux qu’elle aime et perdra la liberté à force de vouloir retrouver les terres de son enfance. Ce film en montage alterné est de toute beauté, un voyage à bien des égards.
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Tout autre style pour Le fils de l’épicier qui rentre davantage pour moi dans la catégorie des films d’observation. On pense parfois à Jacques Tati tant le regard d’Eric Guirado est tendre avec ses concitoyens, tendre mais intransigeant.
Un beau matin, Antoine un jeune homme d’une trentaine d’année, menant une existence urbaine un peu solitaire, se retrouve tenu d'accepter de remplacer son père, épicier ambulant, parti en maison de convalescence après un infarctus. C’est pour lui et pour nous l’occasion de cheminer dans les villages reculés du Sud de la France et d’aller à la rencontre de leurs derniers habitants, de visiter comme une dernière fois, une époque en train de se dissoudre dans l’air du temps. De fermes en maisons, d’affronts en trocs, de bondieuseries en duperies (ce qui est sans doute la même chose !), Antoine va se révéler à lui-même.

« Pour moi, la Province est un lieu de contrastes, de paradoxes, que j'ai toujours filmé avec envie et curiosité. Le documentaire a été pour moi l'occasion rêvée de m'approcher des gens, de partager leur quotidien. J'aime rechercher, en documentaire, l'humanité des gens, des héros minuscules effacés dans le paysage et je m'efforce de révéler ce qu'il y a d'exceptionnel en eux, sans complaisance, mais avec discernement et pudeur. Le portrait d'un vieux berger dans le pays de Gex fait il y a plus de dix ans m'inspire encore aujourd'hui, à chaque fois que j'aborde la construction de mes personnages. »
Eric Guirado vient du documentaire et cela se sent. Cette fiction semble avoir été écrite en voulant préserver une authenticité, le geste tout entier respire la générosité et lorsque l’on sort de la salle, on a réappris à regarder les détails, les failles et ces petits riens du quotidien qui permettent de vivre ensemble. Un film qui donne de la joie, ce n’est pas rien. Les beaux yeux de Nicolas Cazalé non plus…
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« Cinq femmes libanaises se croisent régulièrement dans un salon de beauté tenu par l’une d’entre elles. Dans ce lieu de travail et de douceur, où l’on effleure au plus près la peau de femmes, les langues se délient et se livrent les secrets les plus intimes. Chacune de nos héroïnes fera face à sa manière à l’hypocrisie ambiante et aux préjugés d’une société intraitable. Seules leur amitié et leur force de vie en sortiront indemnes. » Le synopsis de Caramel dit l’essentiel de cette histoire de femmes qui peut faire pleurer (et rire) les hommes, j’en ai vu dans la salle…
En effet, ce premier long métrage de Nadine Labaki porte bien son nom : c’est un délice qui vous arrache le cœur. Des fils de sucre (soit disant !) se nouent pendant les trois premiers quarts du film et la résolution arrive, telle un bouleversement de l’âme. La protagoniste principale, une jeune femme grandie de l’expérience qu’elle vient de traverser, va trouver le bonheur, ce pendant que Madame Rose, plus âgée va décider de sacrifier le sien pour pouvoir continuer de s’occuper de sa sœur démente. Il y a de nombreuses histoires qui se croisent et incarnent les diverses façons d’être Femme à Beyrouth aujourd’hui mais celles qui se répondent avec une spontanéité déconcertante sont ces deux là.
Persépolis
Finalement, par de tous autres moyens (ceux de la bande dessinée), c’est un peu la même chose pour Persépolis. La sincérité de l’auteur touche, trouble, perturbe les clichés et l’Histoire officielle, entre profondément dans la nébuleuse humanité. Savoir être simple est une des choses les plus difficiles. Marjane Satrapi va à l’essentiel et les dessins, le montage, fourmillent de détails toujours judicieux, accompagnant le ton si particulier du film où l’empathie, si forte, n’est jamais construite de manière maligne. Si nous sommes tenus, de bout en bout, suspendus au destin de la petite Marjane, c’est qu’elle a des choses à dire, elle l’a promis et peut être fière d’avoir honorée sa promesse avec autant de maestria. Ce film ne souffre aucunement d’être pédagogique, politique et poétique à la fois : polémique, il va de soit : un conseiller culturel de la présidence iranienne a vu un geste d'islamophobie dans l'attribution du Prix du jury lors du dernier festival de Cannes…
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